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Abdelazziz
Bouteflika a gagné. Réélu président le 8 avril 2004 à une
écrasante majorité, il a, en principe, les moyens
d'effectuer les profondes réformes économiques et politiques
dont son pays a besoin pour combattre avec succès le sous-développement
et l'obscurantisme. En
fait, les élites, même les plus favorables au chef de l'Etat,
sont sans grande illusion. Elles savent que le président aura
la mission impossible de satisfaire les revendications
contradictoires de ses concitoyens : stimuler l'activité privée
et fermer les entreprises d'État en faillite, libéraliser
les échanges sans heurter les clans politico-militaires qui
profitent de la pénurie organisée sur certains produits, réformer
l'administration gangrenée par la corruption, repenser la
politique sans pousser à la révolte les opposants qui crient à la fraude,
modifier
le Code de la famille sans provoquer la colère des
islamistes…
UN
BILAN SANS COMPLAISANCE
-
L'Algérie
de
Bouteflika fait
découvrir les dangers d'une telle politique. En l'appliquant, tout
chef d'État algérien risque sa vie. En s'y refusant, il
condamne son pays à la mort lente.
L'Algérie
de Bouteflika
rompt avec les discours convenus ou passionnels ressassés
depuis quarante ans. Jean Jolly fait découvrir ce pays maghrébin
tel qu'il EST et montre comment il pourrait évoluer.
C'est un état des lieux sans complaisance
mais honnête de la situation intérieure de ce pays maghrébin
ainsi que de ses relations régionales
et internationales à la fin d'une transition décevante et
d'une époque de violence.
Les dirigeants n'ont plus droit
à l'erreur et à l'immobilisme. Ils ont à relever des défis
tant internes (ouverture au libéralisme et efforts en faveur
du plein emploi, respect des Droits de l'Homme et maintien de
l'ordre public) que régionaux (réconciliation avec le Maroc) et
internationaux (relations avec les États-Unis et, surtout,
avec l'Union européenne dont la France).
Les
Algériens ont changé, malgré le système bureaucratique qui
a résisté aux luttes intestines, aux tensions avec le Maroc,
à la brouille avec la France, à la baisse de moitié du
niveau de vie au cours des dix dernières années et à
plusieurs révolutions culturelles avortées ou inachevées.
La société civile a évolué plus vite que les structures politiques
économiques et sociales,
mais d'une façon différente de celle que peuvent imaginer
les hommes qui y ont vécu. Les
hommes et les femmes qui composent la société algérienne
ont mené en silence une révolution culturelle sans
précédent. La
guérilla islamique a été brisée, mais les fondamentalistes
occupent le terrain politique. Les Kabyles refusent de
renoncer à leur particularisme. Les chômeurs, en nombre
croissant, grossissent les rangs des trafiquants et des
opposants. Les libéraux, influents dans les villes, réclament
un vrai pluralisme...
Des
clefs pour comprendre L'Algérie - L'Algérie
de Bouteflika
donne des clefs pour comprendre le présent de l'Algérie.
Il explique la situation intérieure, ses aspects
politiques
(les hommes, fonctionnaires, militaires, syndicalistes, qui détiennent
la réalité du pouvoir, leurs adversaires), économiques
(forces, faiblesses et blocages partisans) et sociaux (évolutions
contrastées vers le modernisme et le fondamentalisme
religieux).
CONFLIT DE GÉNÉRATIONS et
LUTTES DE
CLANS - Un combat sans concessions
se poursuit entre jeunes et
vieux, entre anciens et modernes, entre laïcs et religieux. Les jeunes, tournés vers
l'Occident ou, au contraire, vers l'Orient, ne peuvent plus
être tenus à l'écart. Alors que près des deux tiers de la
population a moins de trente-cinq ans, les dirigeants civils
et militaires, atteints par la limite d'âge, pourraient préférer
un conflit de génération à la perte de leur influence.
besoin de changement
- Ébranlés
par la rupture avec la France en 1962, initiés au socialisme
avec Ben Bella entre 1962 et 1965, enfermés dans un schéma
marxisant par Boumediène entre 1965 et 1979, poussés sans
grand succès vers le libéralisme par les successeurs de ce
dernier et déchirés, à partir de 1992, par une guerre
civile opposant un pouvoir impopulaire aux islamistes les plus
intransigeants, ils aspirent à la paix, certains se
réfugiant sans la religion et les traditions rétrogrades,
d'autres rêvant d'ouverture sur le monde extérieur et de
modernisme.
Réconciliation IMPARFAITE avec la France - Dans
ce contexte, la
réconciliation avec la France pourrait avoir un poids
déterminant sur l'évolution de l'Algérie. Elle implique
une forte dose de réalisme et d'honnêteté réciproque. Elle
exige une reconnaissance à la fois des erreurs et des succès
passés. Elle réclame des excuses publiques à toutes les
victimes, notamment françaises, de toutes confessions et de
toutes obédiences. Cette réconciliation est nécessaire pour songer à un avenir commun dans
le respect de la souveraineté de chacun.
Le
besoin d'équilibre
régional, les aspirations populaires, la sagesse politique
poussent au changement. Le poids des intérêts particuliers,
des clans et de leurs clientèles condamnent au statu quo. De
la victoire de l'une ou
l'autre de ces forces dépend l'avenir de l'Algérie.
L'Algérie
de
Bouteflika un document précieux, bien charpenté,
riche d'informations précises, facile à lire, un mode
d'emploi pour comprendre les divers aspects de la vie
mouvementée des Algériens. Un ouvrage passionnant. Une
excellente initiation à l'Algérie d'aujourd'hui.
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