L'Afrique
et son environnement européen et asiatique
par Jean Jolly, de l'Académie des Sciences d'Outre-Mer 

Préface de V. Y. Mudimbé, des Universités de Duke et de Stanford
Introduction de Brigitte Senut, du Muséum National d'Histoire Naturelle

L'ouvrage L'auteur La critique  Légendes
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Cartes et légendes

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CHAPITRE 4

D'ALEXANDRE LE GRAND 
À JULES CÉSAR
300-44 avant J.-C. 

Alexandre le Grand (336-323), utilisant une nouvelle technique de combat (la phalange) et s'appuyant sur les puissantes colonies grecques et macédoniennes implantées en Asie et en Afrique du nord depuis plusieurs siècles, fait la conquête de l'Empire perse en décadence. 

En quelques années, il bouleverse le rapport des forces en Occident et en Orient et fait rayonner la culture hellénistique de l'Atlantique à l'Inde et des steppes d'Europe et d'Asie centrale à l'océan Indien et aux confins de l'Afrique noire. 


Dès qu'Alexandre meurt à Babylone, la régence de l'empire est confiée au général macédonien Perdiccas dont l'autorité est vite contestée par les anciens compagnons d'Alexandre. Les sept autres chefs de l'armée sont nommés gouverneurs de provinces : Ptolémée en Egypte, Lysimaque en Thrace, Antigone en Asie mineure, Méléagre en Phénicie, Laomédon en Syrie, Séleucos à Babylone, Antipater en Macédoine et en Grèce. 

 

Très tôt, d'autres royaumes sont fondés par des Grecs, des Perses ou des autochtones au détriment du royaume séleucide : à l'ouest, le Pont, la Bithynie et Pergame ; au centre, la Cappadoce et l'Arménie, ainsi que la Galatie créée par des Gaulois ; à l'est, le royaume grec de Bactriane et celui des Parthes, peuple nomade venu des steppes. 

Les Scythes, en particulier ceux qui ont pris racine sur les bords de la mer Noire, s'hellénisent. 

La culture grecque séduit l'empereur indien Açoka, héritier de Chandragoupta, le fondateur de la dynastie maurya qui, avec ses éléphants de combat, avait repoussé l'armée d'Alexandre le Grand. 

Même les tribus Yué-Tché qui contrôlent une partie de la toute nouvelle route de la soie, sont touchées par la culture hellénistique. 

Seuls de tous les Indo-Européens, les Germains, encore cantonnés en Scandinavie, n'ont aucun contact avec le monde hellénistique.   

EN EGYPTE, Ptolémée Ier Sôter Ier (323-285) se présente comme l'héritier d'Alexandre le Grand, très populaire pour avoir chassé les Perses de la vallée du Nil en 332. Ptolémée transfère la capitale de Memphis à Alexandrie qui devient, grâce à lui et ses 

 

descendants, le plus grand port du monde antique et la ville des arts, des lettres et des sciences où se rencontreront tous les savants du monde grec. Il fonde en 305 la dynastie ptolémaïque ou lagide (du nom de son père Lagos) en prenant le titre de 

 

basileus. Cherchant à rallier à sa cause les prêtres égyptiens, il hellénise le culte d'Osiris-Apis,puis crée le culte de Sérapis, dieu qui combine les attributs de Zeus, de Hadès, de Râ et d'Osiris.  

 Alexandrie, paradis des savants   

Le premier des Ptolémées fait construire de nombreux théâtres, gymnases et hippodromes. Sa plus grande oeuvre est le Mouseïon, lieu de travail et logement pour les érudits. Dans cet endroit privilégié, Ptolémée Ier et ses successeurs, notamment son fils Ptolémée II Philadelphe (285-247), attirent les plus grands savants du moment en leur offrant d'excellentes conditions de travail (observatoire, salle d'anatomie, jardins botanique et zoologique, etc.) et de confort (appartements, jardins, restaurant, etc.) ainsi que des exemptions d'impôts. Toutes les disciplines sont représentées au Mouseïon : mathématiques, géométrie, physique, mécanique, astronomie, géographie, cartographie, zoologie, botanique, littérature, etc.

Ptolémée II crée la célèbre Bibliothèque royale où près d'un demi-million de manuscrits sont classés par Zénodote d'Ephèse, spécialiste d'Homère, par Callimaque et Théocrite, puis par le poète Apollonios de Rhodes, par le géographe Eratosthène de Cyrène qui mesure le méridien terrestre, par le philologue Aristophane de Byzance. Il fait traduire en grec la Bible, la Version dite des Septante, parce que traduite par soixante-douze Juifs

d'Egypte. C'est lui qui demande à Manéthon d'écrire une histoire de l'Egypte ancienne dont il ne reste que des compilations. C'est sous son règne que vécut à Alexandrie le géomètre Euclide. Ptolémée II favorise l'essor économique de l'Egypte. Les routes du Nil à la mer Rouge sont rouvertes, dont celle de Coptos. Il fonde les ports de Bérénice et de Myos-Hormos et remet en état le canal Nil-mer Rouge, qui s'est de nouveau ensablé. Les navires grecs chargent à Bérénice des vins d'Italie, de la verroterie, des produits pharmaceutiques, des barres et des plaques de fer qu'ils transportent à Aden ou dans l'île de Socotora pour les échanger contre des produits indonésiens et indiens (sucre de canne, riz, cotonnades, laque, etc.). Par le port de Ptolémaïs des Chasses sont exportés des animaux sauvages, en particulier des éléphants capturés dans le Sennar. C'est le début d'une grande prospérité pour Axoum et pour Méroë qui devient un important centre métallurgique, ainsi que pour les villes caravanières du sud arabique, notamment Kataban qui a pris la relève de Mareb et où s'installe une forte colonie syrienne.  

Ptolémée III (247-221) porte l'Egypte à son apogée en reprenant la politique de

 conquêtes des grands pharaons. Il mène des campagnes en Syrie contre l'Empire séleucide fondé par l'un des généraux d'Alexandre, s'empare de Suse et d'Ecbatane, ce qui lui permet de rapporter dans la vallée du Nil de nombreuses divinités égyptiennes enlevées par le roi perse Cambyse. Malgré ces gestes de bonne volonté, le clergé égyptien boude la cour d'Alexandrie. Ptolémée III intervient également en Nubie et obtient l'accord du souverain d'Axoum pour développer le port d'Adoulis. Certains navires grecs vont plus au sud, jusqu'à Rapta que certains auteurs situent au Mozambique. En fait, pour ce commerce avec les pays lointains, les Grecs préfèrent traiter avec des intermédiaires méroïtiques, axoumites et sud-arabiques.

Après Ptlolémée III, commence la décadence. La plupart des souverains arrivent au pouvoir après avoir assassiné un ou plusieurs membres de leur famille. Les Romains en seront les principaux bénéficiaires. Toutefois, malgré des troubles politiques permanents à Alexandrie, les relations entre Méroë et les Ptolémées sont maintenues. Ainsi, Ergaménès (225 à 200 avant J.-C.), le souverain de Kouch parle grec et construit, en collaboration avec Ptolémée IV Philopator, un temple à Philae.  

 Hannibal porte Carthage à son apogée

La vraie menace pour l'Egypte vient de l'ouest. Rome, puissance terrestre, devient une puissance maritime. A la recherche de nouveaux marchés, elle s'est substituée en Sicile à la Grande-Grèce en 272. Pour les mêmes raisons commerciales, elle affronte Carthage en Méditerranée.

La première guerre punique (264-241), malgré les succès sur terre du Lacédémonien Xanthippe, général des armées carthaginoises, puis d'Hamilcar Barca, s'achève par le désastre naval des îles Aegates en 241 et par la tristement célèbre révolte de quelque 70.000 mercenaires (240-238). Ces derniers, conduits par le Campanien Spendius, le Gaulois Autariate et le Libyen Matho, sont exterminés par Hamilcar Barca avec l'aide du prince numide Naravas.

La deuxième guerre punique (218-201), provoquée par Hannibal, le fils d'Hamilcar, commence par d'éclatantes victoires carthaginoises et s'achève par un désastre. Hannibal est âgé de vingt-six ans quand il est nommé chef de l'armée. Ses succès militaires en Espagne l'incitent à négliger les accords passés avec Rome. En 219, il s'empare de la ville de Sagonte protégée par les Romains. Ceux-ci rompent immédiatement la trêve. Hannibal traverse 

 

l'Ebre, les Pyrénées, le Rhône, les Alpes etatteint l'Italie avec la moitié de son effectif initial. L'armée romaine est battue au Tessin, à la Trébie, au lac Trasimène et, enfin, à Cannes en 216. Toutefois, Hannibal, ne possédant pas de matériel de siège pour prendre Rome, se retire à Capoue pour attendre des renforts. Son frère Hasdrubal vient avec une armée d'Espagnols et de Gaulois, mais il est tué sur les bords du Métaure en 207 alors que Cornelius Scipion entreprend la conquête de l'Espagne qu'il achève en 206.

Hannibal, harcelé par les troupes romaines de Fabius Cunctator qui mène une guerre d'usure, se replie dans le sud de l'Italie, tandis que Scipion débarque en 206 en Afrique. Scipion obtient l'alliance du prince numide Masinissa, chef des Massyles, qui désire se venger de Syphax, chef de Masaésyles, qui occupe une partie de son royaume avec l'appui des Carthaginois.

Avec l'aide de Masinissa, Scipion met en déroute l'armée de Syphax en 203. Hannibal débarque à Leptis Minor (Lemta) et prend la tête d'une armée punique qui reçoit des renforts numides, gaulois et macédoniens. Les armées de Scipion et d'Hannibal se rencontrent à Zama le 13 octobre 202. La bataille est perdue d'avance 

 

pour les Carthaginois car la majeure partie de leur armée a été détruite en Italie et en Espagne. Carthage subit pour la seconde fois la loi de Rome. Elle doit licencier son armée, livrer sa flotte, payer un tribut, soumettre ses décisions importantes à Rome et reconnaître l'indépendance des Numides.  

L'après-guerre (201-149) est marquée par des émeutes et des révoltes jusqu'à ce qu'Hannibal soit nommé suffète en 195, mais les Romains obligent le grand général  à s'exiler quelques mois plus tard. Hannibal se réfugie d'abord chez le roi séleucide Antiochos III Mégas et essaie de former une coalition contre Rome, mais il doit fuir de nouveau et demander asile au roi de Bithynie, Prousias. Comme celui-ci veut le livrer aux Romains, Hannibal se suicide en 184 avant J.-C.

A Carthage, la paix civile est revenue. En 191, les Carthaginois proposent aux Romains de payer la totalité du tribut et de reconstruire leur flotte. Rome refuse et impose de nouvelles brimades aux vaincus. Alors, les Carthaginois, parviennent à réunir en 150 une armée de 50.000 hommes et attaquent le roi numide Masinissa pour le chasser des villes carthaginoises qu'il a occupées, mais ils sont battus.  

 Jugurtha achète un consul et un tribun

Dans l'incapacité de payer le tribut supplémentaire imposé par Rome, les Carthaginois trouvent la force d'une ultime sursaut. Ils déclenchent une troisième guerre (149-146) qui s'achève par l'anéantissement de Carthage en 146 par Scipion Emilien, petit-fils adoptif de Scipion l'Africain, et par la mainmise progressive de Rome sur la Numidie (Est de l'Algérie) et sur la Maurétanie (Ouest de l'Algérie et nord du Maroc). La Numidie, alliée de Rome, est le royaume de Micipsa (148-118), fils de Masinissa. Cette alliance est rompue quand le royaume est partagé, à sa mort, entre ses deux fils et son neveu Jugurtha. Ce dernier fait assassiner un de ses cousins et occupe son territoire.

Le survivant, Adherbal (118-113) qui règne à 

 

Cirta, en appelle au Sénat romain quienvoie une commission d'enquête. Jugurtha (113-104) l'achète, obtient gain de cause, s'empare de Cirta, la capitale numide, fait mettre à mort Adherbal et les Italiens qui ont participé à la défense de la ville et se proclame roi de Numidie. Un consul est envoyé en Numidie pour venger la mort des Romains de Cirta. Jugurtha l'achète. Cité à comparaître à Rome, il a l'audace de s'y rendre et achète un tribun, ce qui lui évite de se justifier. De retour en Afrique, il attaque l'armée romaine et l'oblige à capituler en 109. L'émotion est si vive que le Sénat envoie un corps expéditionnaire. Jugurtha est insaisissable. Toutefois, trahi fin 105 par son beau-père Bocchus, roi de Maurétanie, il est conduit à Rome et

 

 incarcéré à la prison du Tullianum où il est étranglé en janvier 104.

Les rois berbères de Numidie et de Maurétanie deviennent vassaux de Rome. Bocchus reçoit un territoire correspondant à l'Oranie et au nord du Maroc, mais à sa mort en 70, la Maurétanie est scindée en deux. Le nord du Maroc est gouverné par Bogud ; l'Oranais et l'Algérois par Bocchus II (70-33). La Numidie est également coupée en deux. Pendant la guerre civile à Rome, Juba Ier (env. 68-46 avant J.-C.) règne sur la partie orientale de la Numidie. Ayant pris le parti de Pompée, il se suicidera, en 46, après la victoire de Jules César à Thapsus, au sud de Carthage.  

 Les Garamantes sillonnent le Sahara avec leurs chars  

AU DELA DU LIMES ROMAIN, les nomades règnent en maîtres dans le désert. Intermédiaires entre le monde noir et le monde méditerranéen, les Berbères garamantes dont une partie sont les ancêtres des Touareg, sillonnent le Sahara en suivant la piste des oasis, de Gao à la Méditerranée, sur des chars de parade ou de combat tirés par deux ou quatre chevaux. Leurs relations avec Carthage sont assez méfiantes. Les échanges commerciaux sont limités. En outre, Carthage recrute plutôt ses mercenaires chez les Berbères du littoral. Les Garamantes vivent dans le Tassili, le Hoggar, l'Adrar des Iforas, l'Aïr et le Fezzan où se trouve leur capitale Garama (Djerma). Constituant une caste guerrière, ils

s'imposent aux populations noires restées dans les oasis. Les nomades toubou, issus d'un métissage entre populations noires et Garamantes, sont installés dans le Tibesti oriental. Les Toubou ont subi une influence égyptienne qu'on retrouve dans l'artisanat et dans certaines coutumes (polygamie peu répandue).

A l'ouest, les oasis de Tichitt et Oualata perdent leur rôle économique après la disparition des comptoirs carthaginois de l'Atlantique et sont abandonnées entre 300 et 200 à cause des attaques de nomades berbères.  

DANS LE RESTE DE L'AFRIQUE OCCIDENTALE, l'usage du fer se répand :

 vers le IIIe siècle avant J.-C., à Djenné-Djéno, dans le delta intérieur du Niger, et, autour du lac Tchad, probablement au contact de Méroë. A Nok, les agriculteurs continuent à se servir d'outils de l'âge de pierre pour la chasse et les travaux domestiques, mais ils traitent le minerai de fer latéritique abondant dans la région.

Au même moment, des populations de la région Tchad-Bénoué, les Proto-Bantou, entament une migration vers l'est et vers le sud et, en Afrique équatoriale, les Khoïsan qui ne s'assimilent pas aux Kouchites, se déplacent vers le sud après un premier regroupement dans les environs du Zambèze.  

Editions Paris Méditerranée   

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